poésies

Parler

On attend des femmes qu’elles sourient et qu’elles se taisent surtout. Et quand l’une d’elles commence à parler, à répondre, à dire les choses, on s’offusque et on ne comprend pas même pourquoi. Les femmes prennent la parole comme elles font des études, comme elles travaillent, comme elles avancent dans la vie. Elles prennent la parole avec force et douceur, même et surtout pour dire ces choses difficiles. Elles ont compris qu’il vaut mieux s’exprimer posément en tous temps, qu’elles soient calmes, joyeuses ou en colère, car cela a davantage d’impact sur le monde : on ne peut que les écouter. 

– Emmanuelle de Dardel

le droit du cuissage

tout leur est permis
jusqu’aux cuisses des femmes
ils n’ont peur ni
honte de rien
personne ne les arrête
au contraire
l’interdit les enflamme
faire comme si
à la maison
les libère de la honte
mais surtout
d’un vide intérieur
de plus en plus tenace
l’infidélité les enchaîne
à leur passé
ils restent enfants
même s’ils tentent de le cacher
des enfants prisonniers
de leurs jeux absurdes
que cherchent-ils à prouver

– Emmanuelle de Dardel

strates

strates de nuages
autour de toi
voilée ou libérée
des mauvais sorts
tous ces poèmes
talismans d’écriture
renaître revivre
chaque jour
l’amour pas à pas
le respect est un art

– Emmanuelle de Dardel

miroir

dans le ruissellement
d’une seule de tes larmes
s’écoule aussi lentement
ta vie entière ta vie
sans fin

– Emmanuelle de Dardel

Ta lumière

Derrière les rideaux et les volets se cache tout un monde, prêt à bondir, prêt à abuser, au moindre faux pas. Ils sont toujours là, à l’affût, comme s’ils n’attendaient que ça. Ta chute, ta tristesse, ta déchéance. Il ne te reste qu’à partir. Tu n’es pas ce qu’ils veulent, ce qu’ils pensent. Garde toujours ta lumière, même si les ombres s’acharnent. Plus tu es lumineuse, plus les ombres s’acharnent. Plus les ombres s’acharnent, plus tu es lumineuse.

– Emmanuelle de Dardel

toi(t)

toi(t)

le temps qui passe
ne m’empêche ni
ne m’interdit
de rester là
la petite fille
que j’ai toujours
été

celle qui t’a pris
la main et le cœur
un jour
celle que tu ne vois
plus
celle qui existe
aujourd’hui sans toi(t)

– Emmanuelle de Dardel

©️ Emmanuelle de Dardel

intentions

tous ces mots
qui tournent
autour de nous
entre nous
dans nos têtes
nos mains
nos plumes

et ces mots indélébiles
qui nourrissent
ou qui tuent
nos cœurs éteints
cœurs immortels

tous ces mots
des cadeaux
des flèches
des poisons
des souris qui usent

ton intention
est limpide
même si tu fais
semblant de rien 
personne n’est dupe
l’humain sait plus
que ce qu’il dit

– Emmanuelle de Dardel

Du féminisme

Depuis que je m’affirme féministe – cela fait bientôt un an -, j’ai beaucoup de follow unfollow. Cela dérange sans commune mesure, car cela remet en cause les fondements de la société dans son ensemble. Je vais à contre-courant et on ne me le pardonne pas. D’ailleurs je ne sais moi-même pas encore parfaitement comment me positionner. Il n’y a que très peu de féministes.

Pourtant je suis profondément humaniste depuis petite, j’œuvre pour la fin des guerres et l’élévation des âmes et je pense que celles et ceux qui me lisent depuis longtemps le savent. Pourtant je suis féministe depuis mes 13 ans, quand j’ai dévoré le Deuxième sexe de Beauvoir. Pourtant le féminisme est un humanisme : nous demandons calmement et respectueusement une vie égalitaire et harmonieuse entre femmes et hommes. Des traitements égaux, des salaires égaux, ni infanticides, ni féminicides.

Nous ne sommes ni extrémistes, ni virulentes, ni violentes. Nous sommes humanistes et nous souhaitons vivre notre vie pour et par nous-mêmes, tout en étant ingénieures, avocates, médecines, poétesses, troubadouresses, vendeuses, serveuses, secrétaires, sages-femmes, hôtesses, chanteuses, inventeuses, politiciennes, penseuses… et ce même et surtout si les noms de métiers ou les dénominations féminines n’existent (toujours) pas, ou plus.

– Emmanuelle de Dardel

frontières

à la frontière des langues des genres
mille étincelles se renouvellent
dans le mouvement intemporel  impermanent
fragile comme toi fort comme toi
ils ne savent plus qui tu es
mais qui es-tu vraiment
tu as tant changé qu’ils ne te voient plus
enfin c’est ce qu’ils aimeraient (te faire) croire
aimeraient penser ils sont dans le déni comme
la plupart des humains
qui a envie d’admettre ses erreurs
on préfère purger le monde plutôt que
S’EXCUSER
s’autodétruire petit à petit et insidieusement
au lieu d’avouer ses faiblesses et sa vulnérabilité
on veut vivre en liberté sans avoir à se justifier
notre seule chance ce sont les enfants
pourvu qu’on ne les enferme pas dans des théories obsolètes et qu’on leur apprenne à réfléchir en autonomie

– Emmanuelle de Dardel

Écrit au Muséum Tinguely Basel @museumtinguely

©️

Pour voir l’inspiration :

Libre-arbitre

N’écoute pas l’algorithme, ce n’est pas lui qui décide du rythme de ta vie, du sens de tes actions. Sous une apparence débonnaire, ses dirigeants ne cherchent que les vues et la fortune, tandis que nous sommes des femmes et des hommes indécodables et mystérieux – indéfiniment. Nous ne sommes pas les esclaves modernes des réseaux sociaux et des trillonnaires. Nous choisissons nos pensées, nos indignations, nos espoirs, nos rêves et nos vies. Et l’art reste une création aux mille émotions.

– Emmanuelle de Dardel