Sans lecture pour me nourrir l'esprit et le mettre en branle, ne suis et ne pense rien. Vide absolu. Happée par l'existence extérieure (ce que je vois, entends, touche, au bureau et à la maison sans rien y ajouter par l'esprit ou l'émotion).
Alice Rivaz, Traces de vie, Carnets 1949-1958, Vevey, L'Aire, p. 77
le chemin de la poésie
Depuis petite, je m'intéresse à la littérature, en ce sens qu'elle me paraît offrir les visions du monde fidèles de leurs autrices et auteurs. En effet, pour grandir, nous avons toutes et tous besoin de regards bienveillants et de visions du monde qui confrontent nos idées. Le réel est une confrontation permanente, qui produit frictions, frottements, désaccords et conflits. Le but semble être de se libérer des scories et de devenir soi-même, devenir fidèle à sa propre essence idéale. Pour cela, si les échanges et les discussions avec son monde ne suffisent pas – ce qui est malheureusement trop souvent le cas – il ne reste que la littérature intime, la poésie intimiste.
Je suis fascinée par le fait qu'on est dans l'impossibilité d'échanger librement avec notre entourage. La compréhension est si difficile. Je ne vois souvent que des murs de souffrance, des murs de déni, des murs de protection. Tout cela nous empêche de nous exprimer et de nous connecter à notre moi profond. Pourtant, c'est la quête de chaque vie. C'est là que la poésie prend et donne accès aux âmes, dans ce qu'elles ont de plus authentiques.
En effet, chacun.e peut feindre d'être un personnage intéressant, jusqu'au jour où on pose les questions fondamentales : comment réagis-tu lorsqu'il y a conflit ? Que fais-tu lorsque tu n'es pas d'accord avec les paroles de l'autre ? Est-ce que tu ouvres une fenêtre pour accueillir le monde de l'autre ? Ou préfères-tu rester fidèle à toi-même, quitte à ne pas te remettre en question et faire l'impasse sur tes défauts ? Tant de questions... qui mènent à l'interrogation primordiale : qui suis-je ? Quelle est ma mission de vie ? Comment se connecter à soi ? Comment découvrir mon âme ?

Pour continuer la lecture, lire mon manifeste des poétesses et une analyse poétique.
Parcours littéraire
Après l'école et le lycée, où j'étudie les classiques littéraires comme Jean Racine, Molière, Jean de La Fontaine... et Christine Arnothy, j'entreprends des études littéraires : langue et littérature françaises modernes, langue et littérature française médiévales (oui !), linguistique et sciences du langage. J'y découvre la littérature par grandes périodes et lis les classiques en poésie contemporaine, comme Philippe Jaccottet, Francis Ponge, Blaise Cendrars. Durant cette période, les mercredis soirs sont occupés par le théâtre antique et la préparation d'une pièce par an. Je travaille comme enseignante remplaçante et deviens ensuite – bien plus tard – enseignante diplômée en primaire.
C'est au cours d'une aventure singulière, que je prends conscience que la poésie est un moyen d'expression pour dire l'âme, ses fondements, ses rêves, ses fulgurances. A côté de cela, la poésie procure une sorte d'auto-analyse et d'auto-apprentissage. C'est en écrivant mes rêves d'enfant que je réalise mieux qui je suis. C'est en écrivant tous ces rêves et ces pensées que je peux en prendre la mesure, les relire, les transformer et les intégrer. La poésie est donc une sorte de chantier du soi, de l'âme. Et dire représente pour moi les prémisses de l'action. Dire m'aide à mieux faire. La poésie pour réécrire ma vie et ses fulgurances primordiales. La poésie pour (re)construire ma vie, en toute vulnérabilité. Loin d'y jouer un jeu, c'est la vie dans toutes ses dimensions authentiques qui s'y joue.