L’infinito, Giacomo Leopardi

Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
E questa siepe, che da tanta parte
Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
Ma sedendo e mirando, interminati
Spazi di là da quella, e sovrumani
Silenzi, e profondissima quiete
Io nel pensier mi fingo; ove per poco
Il cor non si spaura. E come il vento
Odo stormir tra queste piante, io quello
Infinito silenzio a questa voce
Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
E le morte stagioni, e la presente
E viva, e il suon di lei. Così tra questa
Immensità s’annega il pensier mio;
E il naufragar m’è dolce in questo mare.

Traduction de F.A. Aulard

L’Infini

Toujours chères me furent cette colline déserte et cette haie qui, sur un long espace, cache au regard l’extrême horizon. Mais, m’asseyant et regardant, au delà de la haie j’imagine d’interminables espaces, des silences surhumains, un profond repos où peu s’en faut que le cœur ne s’effraie. Et comme j’entends bruire le vent à travers le feuillage, je vais comparant le silence infini à cette voix : et je me souviens de l’éternité, des siècles morts, du siècle présent et vivant et du bruit qu’il fait. Ainsi dans cette immensité s’anéantit ma pensée et il m’est doux de faire naufrage dans cette mer.

Textes tirés de la page Wikipedia https://fr.m.wikipedia.org/wiki/L%27Infini_(po%C3%A8me)

Portraits de femmes, Philippe Sollers

« J’ai vécu ce charme discret de la bourgeoisie, qui a été emporté par le raz-de-marée du temps. Matins des femmes qui, une fois l’homme parti à son bureau, paressent pendant des heures, écoutent la radio, traînent en chemise de nuit ou en peignoir. Ces filles (mes sœurs) sont élevées pour ne jamais travailler, et ne travailleront jamais, sauf dans le mariage à enfants. C’est très condamnable, mais ça m’arrange, le désordre me plaît. On fait à peine attention à moi, preuve, à mes yeux, que je suis d’une espèce différente. Dans les jeux, je compte pour du beurre, et voilà. »

Philippe Sollers, Portraits de femmes, Paris, Gallimard, 2013, p. 22

Souvenir, Marceline Desbordes-Valmore

Son image, comme un songe,

Partout s’attache à mon sort ;

Dans l’eau pure où je me plonge

Elle me poursuit encor :

Je me livre en vain, tremblante,

A sa mobile fraîcheur,

L’image toujours brûlante

Se sauve au fond de  mon coeur.

Pour respirer de ses charmes

Si je regarde les cieux,

Entre le ciel et mes larmes,

Elle voltige à mes yeux,

Plus tendre que le perfide,

Dont le volage désir

Fuit comme le flot limpide

Que ma main n’a pu saisir.

Ce besoin d’aimer, des poètes de l’amour, Paris, Poésie / Gallimard, 2020, p.41

Un poème qui me saute aux yeux à chaque fois que j’ouvre ce livre.