Vivre dans le feu: confessions, Marina Tsvetaeva

«Ai-je cessé de vous aimer ? Non, vous n’avez pas changé et je n’ai pas changé – non plus. Une seule chose a changé : ma concentration névralgique sur vous. Vous n’avez pas cessé d’exister pour moi, j’ai cessé d’exister en vous. Mon heure avec vous s’est achevée, reste mon éternité avec vous. Oh, attardez-vous un peu là-dessus ! En dehors des passions, il y a encore l’immensité. C’est dans l’immensité qu’a lieu désormais notre rencontre. »

Marina Tsvetaeva (1892-1941)— Vivre dans le feu: confessions
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Éruption de mots

C’est une souffrance
Que d’exposer ses écrits
C’est aussi un apaisement, une drogue
Les pensées s’arrêtent
Attrapées au vol
Leur ballet obsédant s’amenuise
Certaines disparaissent
La lance-plume les a touchées
Celle de la caricature de Dürrenmatt
Elles deviennent mots
Puis phrases
Puis lettres
Poésies
Romans
Parfois paroles
Quand l’autre écoute
Et s’éteignent quelques temps
Dans le volcan de l’âme
Qui s’endort le soir
Comme laissée pour morte
Jusqu’à la prochaine éruption du lendemain
De plus en plus vive
De plus en forte chaude incontrôlable et enflammée
Les mots reprennent leur chorégraphie sauvage
La danse n’en finit pas
Comme la vie, elle avance sans cesse
Imperturbable, inlassable, infatigable

Emmanuelle de Dardel

Caricature : Friedrich Dürrenmatt, [Critique lançant sa plume comme un javelot], vers 1963, stylo à bille noir, 29.4 x 20.8 cm, collection Centre Dürrenmatt Neuchâtel
© CDN/Confédération suisse
https://www.cdn.ch/cdn/fr/home/friedrich-duerrenmatt/oeuvre-pictural/les-caricatures.html

Le Petit Prince au bord du lac

Une sculpture qui se trouve à Neuchâtel, au bord du lac, près du port. Chaque fois que je passe à côté, j’ai envie d’aller m’asseoir à côté du Petit Prince, pour qu’on s’apprivoise.

Le mot ronce, dis-tu, Yves Bonnefoy

Le mot ronce, dis-tu? Je me souviens
De ces barques échouées dans le varech
Que traînent les enfants les matins d’été
Avec des cris de joie dans les flaques noires

Car il en est, vois-tu, où demeure la trace
D’un feu qui y brûla à l’avant du monde
– Et sur le bois noirci, où le temps dépose
Le sel qui semble un signe mais s’efface,

Du feu qui va en mer la flamme est brève,
Mais quand elle s’éteint contre la vague,
Il y a des irisations dans la fumée.
Le mot ronce est semblable à ce bois qui sombre.

Et poésie, si ce mot est dicible,
N’est-ce pas de savoir, là où l’étoile
Parut conduire mais pour rien sinon la mort,

Aimer cette lumière encore? Aimer ouvrir
L’amande de l’absence dans la parole?

Yves Bonnefoy, Ce qui fut sans lumière, Paris, Poésie Gallimard, 1991, p. 42

Tu vas lire tout le dictionnaire ?

C’est ce qu’on m’a dit quand j’étudiais assidûment la langue française, durant mes études à l’Université. J’adorais lire les sonorités des mots et les assembler dans ma tête. Cela inaugurait ma poésie.

Alors dorénavant si vous voyez quelqu’un jouer avec les dictionnaires, vous saurez que c’est peut-être un chanteur, un écrivain ou un poète en herbe.

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