féminisme ou humanisme

être femme 
c'est dire
haut et fort
qu'on est une âme
à part entière
et qu'on mérite
autant de respect
et de considération
qu'un homme

une femme n'est ni
un demi-homme
ou un demi-humain
ni un corps à disposition
une âme en libre-service
une experte en ménage
une thérapeute sur demande
une lumière pour l'hiver
une gardienne du foyer
pendant des absences coquines

être femme
c'est peut-être tout ceci
le pouvoir des mots
la force d'éclairer
la force douce
le courage
la présence quand tout s'enlise
et un soupçon de mystère
comme un supplément d'âme
qui illumine les nuits d'une vie


- Emmanuelle de Dardel 


J'ai connu trop de personnes qui se disaient bienveillant.es, alors qu'iels ne cherchaient qu'à utiliser l'autre. Je ne peux donc plus rester muette.


Ce poème incisif ne s'adresse qu'aux profiteur.euses.


Merci aux hommes et aux femmes qui sont présent.es avec respect et considération pour l'autre et le monde.

Ce texte mûrit depuis longtemps et pourtant il est si difficile à écrire. Alors sur un cri de révolte, je me suis jetée en écriture. Et de ce premier essai, naîtra sans doute d'autres formes plus abouties.

Les boubous, Blaise Cendrars

Oh ces négresses que l'on rencontre dans les environs du village nègre chez les trafiquants qui aunent la percale de traite 

Aucune femme au monde ne possède cette distinction cette noblesse cette démarche cette allure ce port cette élégance cette nonchalance ce raffinement cette propreté cette hygiène cette santé cet optimisme cette inconscience cette jeunesse ce goût

[Ni l'aristocrate anglaise le matin à Hydepark
Ni l'Espagnole qui se promène le dimanche soir
Ni la belle Romaine du Pincio
Ni les plus belles paysannes de Hongrie ou d'Arménie
Ni la princesse russe raffinée qui passait autrefois en traîneau sur les quais de la Néva
Ni la Chinoise d'un bateau de fleurs
Ni les belles dactylos de New York
Ni même la plus parisienne des Parisiennes
Fasse Dieu que durant toute ma vie ces quelques formes entrevues se baladent dans mon cerveau]

Chaque mèche de leurs cheveux est une petite tresse de la même longueur ointe peinte lustrée
Sur le sommet de la tête elles portent un petit ornement de cuir ou d'ivoire qui est maintenu par des fils de soie colorés ou des chaînettes de perles vives
Cette coiffure représente des mois de travail et toute leur vie se passe à la faire et à la refaire
Des rangs de piécettes d'or percent le cartilage des oreilles
Certaines ont des incisions colorées dans le visage sous les yeux et dans le cou et toutes se maquillent avec un art prodigieux
Leurs mains sont recouvertes de bagues et de bracelets et toutes ont les ongles peints ainsi que la paume de la main
De lourds bracelets d'argent sonnent à leurs chevilles et les doigts de pieds sont bagués
Le talon est peint en bleu
Elles s'habillent de boubous de différentes longueurs qu'elles portent les uns par dessus les autres ils sont tous d'impression de couleur et de broderies variées elles arrivent à composer un ensemble d'un goût très sûr où l'orangé le bleu l'or ou le blanc dominent
Elles portent aussi des ceintures et de lourds grigris
D'autres plusieurs turbans célestes
Leur bien le plus précieux est leur dentition impeccable et qu'elles astiquent comme on entretient les cuivres d'un yacht de luxe
Leur démarche tient également d'un fin voilier
Mais rien ne peut dire les proportions souples de leur corps ou exprimer la nonchalance réfléchie de leur allure

...

Blaise Cendrars, Du monde entier au cœur du monde, Poésies complètes, Poésie/Gallimard, 2006, p. 207

[Dans le passage sur les autres femmes que j'ai d'abord coupé, aucune autre femme n'a ses faveurs. Et dans le poème suivant, il n'est guère élogieux envers les Européennes... quelle tristesse de découvrir cela à l'instant...]

#citation #poésie #BlaiseCendrars #boubous #femmes

Le terme de Négresse est dépréciatif et on ne l'emploie plus. Certains semblent l'avoir malgré tout revendiqué, pour affirmer leur négritude.

Parler

On attend des femmes qu'elles sourient et qu'elles se taisent surtout. Et quand l'une d'elles commence à parler, à répondre, à dire les choses, on s'offusque et on ne comprend pas même pourquoi. Les femmes prennent la parole comme elles font des études, comme elles travaillent, comme elles avancent dans la vie. Elles prennent la parole avec force et douceur, même et surtout pour dire ces choses difficiles. Elles ont compris qu'il vaut mieux s'exprimer posément en tous temps, qu'elles soient calmes, joyeuses ou en colère, car cela a davantage d'impact sur le monde : on ne peut que les écouter. 

- Emmanuelle de Dardel

envoûtement

envoûtement

dans l'enroulement
l'engouement
l'envoûtement
des femmes libres
fières et
sauvages
elle s'inonde
de sons
elle se laisse porter
par l'onde pleine
et oublie
t'oublie
s'oublie
il ne reste que
l'unité et l'universel

- Emmanuelle de Dardel

Marisa Merz (1926-2019), figure de l'arte povera. Exposition au Kunsthaus Bern jusqu'au 17 août 2025.

fleurs noires

dans ce monde dévoyé

les fleurs bleues n'existent plus

arrachées par le vent

de l'inconstance de la déloyauté

le désespoir fait rage

tinder a démonté l'amour

en à peine quelques clics

tous les plans d'un soir

s'affichent avec insistance

sur ton téléphone brûlant

et quand tu effaces l'appli

les hommes mariés te trouvent quand même

sur facebook sur messenger

sur instagram sur telegram

l'amour est devenu jetable

et quand les femmes ne veulent pas

ils apprennent comment les asservir

ils les droguent pour les faire taire

et assouvir leurs pulsions

l'irrespect est la nouvelle loi

- Emmanuelle de Dardel