dans l'éblouissement du monde garder les yeux purs oser voir et entendre ce qu'ils refusent malgré les griffons les fêlures sans fin
brisures obscurs opaques l'apathie l'inertie quand tout est nuit
ouvrir les yeux et les mains étoiler les trahisons chanter la mélodie du soleil voltiger les voies lactées dans l'ombre des jours à venir la mort est pour plus tard la mort est pour jamais
on ne sait pas quoi faire à gaza alors on ne fait rien on regarde sans agir on est impuissants devant l'injustice la mort le génocide l'holocauste depuis quatre-vingts ans
on ne sait pas quoi faire pour Gaza alors on oublie on laisse couler on glisse le problème sous le tapis on ferme les yeux
on espère que d'autres agiront la vie continue pour nous et la vie s'arrête pour eux les civils et les enfants meurent sous les bombes
que dirons-nous à nos enfants quand nous devrons leur expliquer l'holocauste à Gaza ces cinquante mille morts combien d'enfants morts à la guerre combien d'enfants-poètes combien d'enfants aux vies soufflées
combler ses blessures invisibles avec les étoiles du temps celles qui sont immuables les rares qui brillent encore comme des yeux d'enfants aux rêves qui survivent aux guerres et à la mort des grands yeux d'enfants tristes de déjà mourir
C’est le soir ; la bataille est enfin terminée : Le vaincu s’est enfui, le vainqueur est lassé, Et la fleur du pays, en un jour moissonnée, Jonché tous les replis du sol dur et glacé.
Ils sont là tout raidis et la tête inclinée, Adolescent joyeux, d’une balle percé, Homme fort et vaillant, cohorte infortunée Qui n’a pas reculé quand la mort a passé.
Et, sous un autre ciel, un vieillard solitaire, Las d’avoir travaillé tout le jour à la terre, Respire le vent frais qui le baise en passant ;
Il regarde pensif le grand ciel qui rayonne Plein d’un ruissellement d’étoiles, et s’étonne Que la lune soit rouge et paraisse de sang…
Bevaix, 12 septembre 1881
Alice de Chambrier, Au delà, Poésies, Neuchâtel, Éditions de la Baconnière, 1934 (7e édition)
Un peu de grandeur pour chacun.e. Et le vers de fin répond au cliché du dernier jour. ⚡️