Bijou-concert, Blaise Cendrars

Non 
Jamais plus
Je ne foutrai les pieds dans un beuglant colonial
Je voudrais être ce pauvre nègre je voudrais être ce pauvre nègre qui reste à la porte
Car les belles négresses seraient mes sœurs
Et non pas
Et non pas
Ces sales vaches françaises espagnoles serbes allemandes qui meublent les loisirs des fonctionnaires cafardeux en mal d'un Paris de garnison et qui ne savent comment tuer le temps
Je voudrais être ce pauvre nègre et tuer le temps

Blaise Cendrars, Du monde entier au cœur du monde, Poésies complètes, Poésie/Gallimard, 2006, p.208

C'est le poème qui suit Les boubous, j'ai longtemps hésité à le poster, et puis à quoi bon se taire encore. Il était un de mes auteurs préférés jusqu'à présent. Il était...

Les boubous, Blaise Cendrars

Oh ces négresses que l'on rencontre dans les environs du village nègre chez les trafiquants qui aunent la percale de traite 

Aucune femme au monde ne possède cette distinction cette noblesse cette démarche cette allure ce port cette élégance cette nonchalance ce raffinement cette propreté cette hygiène cette santé cet optimisme cette inconscience cette jeunesse ce goût

[Ni l'aristocrate anglaise le matin à Hydepark
Ni l'Espagnole qui se promène le dimanche soir
Ni la belle Romaine du Pincio
Ni les plus belles paysannes de Hongrie ou d'Arménie
Ni la princesse russe raffinée qui passait autrefois en traîneau sur les quais de la Néva
Ni la Chinoise d'un bateau de fleurs
Ni les belles dactylos de New York
Ni même la plus parisienne des Parisiennes
Fasse Dieu que durant toute ma vie ces quelques formes entrevues se baladent dans mon cerveau]

Chaque mèche de leurs cheveux est une petite tresse de la même longueur ointe peinte lustrée
Sur le sommet de la tête elles portent un petit ornement de cuir ou d'ivoire qui est maintenu par des fils de soie colorés ou des chaînettes de perles vives
Cette coiffure représente des mois de travail et toute leur vie se passe à la faire et à la refaire
Des rangs de piécettes d'or percent le cartilage des oreilles
Certaines ont des incisions colorées dans le visage sous les yeux et dans le cou et toutes se maquillent avec un art prodigieux
Leurs mains sont recouvertes de bagues et de bracelets et toutes ont les ongles peints ainsi que la paume de la main
De lourds bracelets d'argent sonnent à leurs chevilles et les doigts de pieds sont bagués
Le talon est peint en bleu
Elles s'habillent de boubous de différentes longueurs qu'elles portent les uns par dessus les autres ils sont tous d'impression de couleur et de broderies variées elles arrivent à composer un ensemble d'un goût très sûr où l'orangé le bleu l'or ou le blanc dominent
Elles portent aussi des ceintures et de lourds grigris
D'autres plusieurs turbans célestes
Leur bien le plus précieux est leur dentition impeccable et qu'elles astiquent comme on entretient les cuivres d'un yacht de luxe
Leur démarche tient également d'un fin voilier
Mais rien ne peut dire les proportions souples de leur corps ou exprimer la nonchalance réfléchie de leur allure

...

Blaise Cendrars, Du monde entier au cœur du monde, Poésies complètes, Poésie/Gallimard, 2006, p. 207

[Dans le passage sur les autres femmes que j'ai d'abord coupé, aucune autre femme n'a ses faveurs. Et dans le poème suivant, il n'est guère élogieux envers les Européennes... quelle tristesse de découvrir cela à l'instant...]

#citation #poésie #BlaiseCendrars #boubous #femmes

Le terme de Négresse est dépréciatif et on ne l'emploie plus. Certains semblent l'avoir malgré tout revendiqué, pour affirmer leur négritude.

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on a voulu

on a voulu me faire taire
je suis devenue prédicatrice
j'ai prêché à l'église
aux hommes aux femmes
aux blancs aux noirs

on a voulu me faire taire
je suis la première femme
à avoir gagné un procès
pour la liberté de son fils
pour le sortir de l'esclavage

on a voulu me faire taire
j'ai milité pour le droit de vote
des femmes noires et blanches
pour sortir de l'oppression
et du patriarcat

on a voulu me faire taire
je suis devenue le symbole
de l'émancipation des femmes
de l'élévation des âmes

on a voulu me faire taire
j'ai agi pour la vérité
j'ai choisi l'éducation
pour la liberté de l'humanité
je suis Sojourner Truth

- Emmanuelle de Dardel

Rédigé lors de l'atelier d'écriture "Slam à femmes" avec Célia (clic), lors des journées du matrimoine (clic) à Lausanne, 19 au 21 septembre 2025