mystère

elle oscille 
entre
jour
nuit
nuages
soleil
reste parfois
pleine
et brillante
ou noire
et absente
inattendue
imprévisible

elle oscille
et change
constamment
tout en restant
fidèle
à elle-même

- Emmanuelle de Dardel

mystère

mystère

dans l'éblouissement du monde
garder les yeux purs
oser voir et entendre
ce qu'ils refusent
malgré les griffons
les fêlures sans fin

brisures
obscurs
opaques
l'apathie
l'inertie
quand tout est nuit

ouvrir les yeux et les mains
étoiler les trahisons
chanter la mélodie du soleil
voltiger les voies lactées
dans l'ombre des jours à venir
la mort est pour plus tard
la mort est pour jamais

Emmanuelle de Dardel

©️

A propos de l’amour, Christiane Singer

J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon œuvre, toute mon écriture, était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c’est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage. Aussi, je voudrais simplement vous parler de ce que je viens de vivre. 

Ma dernière aventure. Deux mois d’une vertigineuse et déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang-froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à la cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable. Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant, c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. 

Je vous le jure. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création.

Christiane Singer, Derniers fragments d’un long voyage, Paris, Albin Michel, 2007, p. 40-41