Bijou-concert, Blaise Cendrars

Non 
Jamais plus
Je ne foutrai les pieds dans un beuglant colonial
Je voudrais être ce pauvre nègre je voudrais être ce pauvre nègre qui reste à la porte
Car les belles négresses seraient mes sœurs
Et non pas
Et non pas
Ces sales vaches françaises espagnoles serbes allemandes qui meublent les loisirs des fonctionnaires cafardeux en mal d'un Paris de garnison et qui ne savent comment tuer le temps
Je voudrais être ce pauvre nègre et tuer le temps

Blaise Cendrars, Du monde entier au cœur du monde, Poésies complètes, Poésie/Gallimard, 2006, p.208

C'est le poème qui suit Les boubous, j'ai longtemps hésité à le poster, et puis à quoi bon se taire encore. Il était un de mes auteurs préférés jusqu'à présent. Il était...

l’amour révolte

l'amour s'évapore et s'évanouit 

pourtant il ne meurt

jamais tout à fait

il vit dans les cœurs

à moins que ce ne soit dans les âmes

il vit et danse dans les cœurs

pour toujours et à jamais

on n'efface pas l'amour

on le gomme

mais il vit ailleurs

c'est pour cela qu'on ne badine pas

avec l'amour

- Emmanuelle de Dardel

à tue-tête

l'oiseau chante à tue-tête 

il aimerait qu'on l'écoute

plus il chante plus on trouve son chant émouvant et beau moins il se sent compris

alors il chante et chante encore tôt le matin encore toute la journée

il fait des trilles des arabesques des pas de chats des attitudes des pas de bourrée des cabrioles

il chante chante chante sans fin

sur tous les tons

mais on ne le comprend pas

il espère pourtant toujours être compris

jusqu'au jour où il réalise

c'est une invitation à changer lui-même

ou à changer d'entourage

- Emmanuelle de Dardel