by Emmanuelle de Dardel | lundi 12 juin 2023 | inspirations poétiques, poésies |
Un soir d’été tout bascula,
Le voile sombre de la mélancolie assombrit ses yeux.
La tourmente,
Les mots qui essaient de se dire,
Le cœur qui chavire.
Comment espérer encore ?
Une étincelle de lumière a fécondé le réel.
Douceur, patience, ouverture :
Descendre au fond de la douleur, de la peur,
Remonter grandie, fortifiée par le trésor de nos différences.
Anne Isler-Hildenbeutel, Invitation au voyage, Mandalas et poésie, Hauterive, Suisse, éditions Attinger, 2014
by Emmanuelle de Dardel | lundi 12 juin 2023 | inspirations poétiques, poésies |
Dans le pays vivait un jeune homme,
noble et gracieux, fils d’un comte.
Plus que tout autre, il cherchait
à mériter l’estime par sa valeur.
Il fréquentait la cour du roi
où il faisait de nombreux séjours.
Il s’éprit de la fille du roi
et lui demanda plusieurs fois
de lui accorder son amour
et de devenir son amie.
Voyant sa vaillance et sa courtoisie,
et l’estime où le tenait le roi,
la jeune fille lui accorda son amour
et lui l’en remercia humblement.
Ils se rencontrèrent souvent
et s’aimèrent loyalement
tout en se cachant de leur mieux
afin de ne pas être surpris.
Ils souffraient beaucoup de cette contrainte
mais le jeune homme préférait
cette souffrance
à une précipitation qui les aurait perdus.
Marie de France, Lais, Paris, Lettres gothiques, 1990, p. 171-173
by Emmanuelle de Dardel | lundi 12 juin 2023 | inspirations poétiques |
J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon œuvre, toute mon écriture, était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c’est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage. Aussi, je voudrais simplement vous parler de ce que je viens de vivre.
Ma dernière aventure. Deux mois d’une vertigineuse et déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang-froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à la cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable. Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant, c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout.
Je vous le jure. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création.
Christiane Singer, Derniers fragments d’un long voyage, Paris, Albin Michel, 2007, p. 40-41
by Emmanuelle de Dardel | lundi 5 juin 2023 | inspirations poétiques |
La fleur du magnolia éclate au ralenti comme une bulle formée lentement dans un sirop à la paroi épaisse qui tourne au caramel.
(A remarquer d’ailleurs la couleur caramélisée des feuilles de cet arbre.)
A son épanouissement total, c’est un comble de satisfaction proportionnée à l’importante masse végétale qui s’y exprime.
Mais elle n’est pas poisseuse : fraîche et satinée au contraire, d’autant que la feuille paraît luisante, cuivrée, sèche, cassante.
Francis Ponge, Pièces, Paris, Poésie / Gallimard, 1962, p. 51
by Emmanuelle de Dardel | samedi 3 juin 2023 | inspirations poétiques, poésies |
J’aime la simplicité qui s’accompagne d’humilité.
J’aime les gens qui savent sentir le vent sur leurs propres peaux, sentir les arômes des choses, en capturer l’Âme.
Ceux qui ont leur chair au contact de la chair du monde.
Car là, est la vérité. Là, est la douceur. Là, est la sensibilité. Là, est l’Amour.
Alda Merini (1931-2009) est une poétesse italienne
by Emmanuelle de Dardel | jeudi 1 juin 2023 | inspirations poétiques, poésies |
A travers la neige devenue noire
Atteindre le point crucial du printemps !
Humilité, tendre forme soumise,
Te découvrir sous la douleur à vif
Suprême perfection de la jouissance.
Fine, subtile, électrique, prestigieuse
Aiguille à la pointe extrême de l’orgueil.
Pierrette Micheloud, Tant qu’ira le vent, Paris, Pierre Seghers, 1966, p. 46
Pierrette Micheloud (1915-2007) est une poétesse et artiste valaisanne et vaudoise. Il existe une fondation Pierrette Micheloud qui organise un prix de poésie. https://www.fondation-micheloud.ch/prix-de-poesie/prix/
Merci beaucoup, ce souhait me plaît tout à fait. Et un excellent mois d'août plein de joies, d'inattendus et d'inspiration…